Le Crime de la momie – Christian Jacq (1984)

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Un roman policier qui se laisse lire mais qui présente tout de même certaines faiblesses qui pourraient gêner les amateurs du genre.

Un roman policier qui se laisse lire mais qui présente tout de même des lacunes qui pourraient gêner les amateurs du genre.

Les enquêtes de l’inspecteur Higgins – Tome 1 : Le crime de la momie, Christian Jacq, XO Éditions, 2016 (1984)
Belle, jeune et riche, Frances Mortimer, épouse d’un brillant égyptologue du British Museum, promis aux plus hautes fonctions, a tout pour être heureuse.
Mais ne mènerait-elle pas une double vie, ne cacherait-elle pas d’inavouables secrets ? Elle aurait dû éviter de croiser le chemin d’une momie particulièrement dangereuse, une rencontre qui ne devait rien au hasard.
Confronté au crime parfait, Higgins possède néanmoins un avantage : il se méfie des momies.

Il s’agit de la réédition du titre Meurtre au British Museum paru en 1984 aux Éditions du Rocher, premier tome de la série Les dossiers de Scotland Yard, et publié sous le nom de plume J. B. Livingstone.


Né en 1947, Christian Jacq occupe une place singulière dans le paysage littéraire français. Égyptologue de formation, romancier par vocation, il a construit une œuvre abondante qui a su séduire plusieurs générations de lecteurs. Auteur particulièrement prolifique, il a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, pouvant se classer en trois grandes catégories : des essais sur l’Égypte ancienne, des romans historiques et des romans policiers.

Ce sont peut-être d’abord ses romans historiques qui ont su conquérir les lecteurs. Parmi eux, notons la trilogie Le Juge d’Égypte, parue au début des années 1990, ou encore la série Ramsès, qui comporte cinq tomes, publiés entre 1995 et 1996. On le voit, l’Égypte n’est jamais loin.

Néanmoins, son œuvre policière n’est pas en reste non plus. Christian Jacq a commencé à publier des romans policiers très tôt, dès le milieu des années 1980, avec une série d’une quarantaine de volumes, Les Dossiers de Scotland Yard, publiée sous le nom de J. B. Livingstone. Leur publication se terminera en 1997.

C’est en 2011 qu’il fera rééditer cette série de livres sous son véritable nom, Christian Jacq. Le nom de cette série de romans policiers changera lui aussi, puisqu’elle deviendra Les Enquêtes de l’inspecteur Higgins. Le premier tome, qui initialement s’intitulait Meurtre au British Museum, devient Le Crime de la momie. L’ensemble des romans seront réédités, modifiés à la marge par l’auteur pour les moderniser. Il en profitera également pour rédiger de nouvelles enquêtes de son inspecteur favori, Higgins. Ce qui fait qu’aujourd’hui cette série de romans policiers comporte près de soixante opus. Une série somme toute monumentale.

C’est du premier roman des Enquêtes de l’Inspecteur Higgins qu’il sera question ici : Le Crime de la momie.

J’ai souvent pensé que les âmes des victimes éprouvaient un réel réconfort à ne pas voir un crime demeurer impuni.

Un roman dans la pure veine d’Agatha Christie

On peut comprendre le succès des Enquêtes de l’Inspecteur Higgins, et donc naturellement de ce premier tome. Christian Jacq s’inscrit pleinement dans la tradition des romans policiers qu’Agatha Christie avait su pleinement porter lors du siècle dernier, avec ses personnages fétiches, Poirot et Marple.

Les références à l’auteure britannique sont manifestes dans ce premier tome : 

  • cette série suivra les enquêtes d’un inspecteur anglais, retraité de Scotland Yard, au flegme déstabilisant (pour les autres personnages tout comme le lecteur, nous y reviendrons) ; 
  • le meurtre commis se déroule dans un lieu clos, ici le bureau du professeur Mortimer, dans l’annexe du British Museum ;
  • les suspects sont une demi-douzaine, bien identifiés, et nul doute que le meurtrier se cache parmi eux ;
  • Higgins, le fameux inspecteur, s’attachera à le débusquer grâce à un précepte qui ne peut que faire penser aux fameuses petites cellules grises d’Hercule Poirot : « ordre et méthode ».

Tels sont les éléments les plus flagrants qui font irrémédiablement penser à celle qui a tant contribué à faire rayonner le genre du roman policier. Et force est de constater que, globalement, ils suffisent à nous plonger dans une ambiance propice à la lecture de ce type de romans. 

Dans l’ensemble, ce livre se lit donc facilement ; nous sommes, bon an mal an, portés par cette enquête et voulons, comme souvent avec ce genre de roman, avoir le fin mot de l’histoire. En ce sens, l’objectif de l’auteur est atteint, je pense : on passe un moment sympathique de lecture, cela nous divertit suffisamment pour souhaiter ouvrir, un jour le hasard faisant, un autre opus de la série.

Une fois ce ressenti de lecture mis en exergue, il est temps, à ce stade (et vous l’aurez compris peut-être), d’évoquer ce qui, nous semble-t-il, rend ce livre finalement passable.

Higgins savoura le calme douillet de sa demeure, le moelleux des tapis d’Iran, la chaleur des boiseries, la lumière du feu dansant dans sa cheminée de pierre. Il n’aimait rien tant que la pluie et le brouillard qui incitaient à se retirer chez soi pour y jouir de son univers.

Un sentiment de gâchis

Concédons ici que nous sommes ce que nous pouvons appeler bon public, que nous ne sommes pas trop regardant, et que rares sont les livres qui nous tombent des mains. Comme nous l’avons dit précédemment, ce roman se laisse lire, mais nous ne sommes pas totalement dupe pour autant. Il y a ici des points qui pourraient gêner, voire déplaire, à bon nombre de lecteurs plus exigeants. 

En premier lieu, certaines incohérences. Comme nous l’avons évoqué en préambule, ce roman, initialement publié en 1984, a été revu et modernisé pour sa réédition en 2011. Cela explique sans doute le nombre conséquent de contradictions temporelles. Un exemple parmi d’autres : la gouvernante d’Higgins, Mary : « À soixante-dix ans, Mary avait bon pied bon oeil. Elle avait traversé deux guerres mondiales. ». Curieux, puisque, selon le narrateur, Scotland Yard s’était informatisé, et qu’il est fait mention plusieurs fois dans le texte de téléphones portables. Difficile de comprendre comment de telles aberrations ont pu passer la relecture.

Cela n’aurait pas été si gênant si ces problèmes temporels ne venaient pas s’ajouter à d’autres. D’une part, l’inspecteur Higgins lui-même. Difficile de dire si nous avons apprécié ou non le personnage. Il est somme toute terriblement flegmatique, sans doute un peu trop. On nous le présente comme un inspecteur particulièrement perspicace et talentueux, ses questions anodines étant d’une importance capitale. Difficile d’en être totalement persuadé tant les dialogues sont parfois longs et peu pertinents.

Cela nous amène à un problème de rythme. Les dialogues viennent, semble-t-il, combler une enquête qui n’avance pas vraiment. Tout se passe comme si tout était fait pour rendre ce roman de taille acceptable, quitte à y intégrer beaucoup de dialogues et à rallonger le dénouement final. Car ce dernier est excessivement long : plus d’une trentaine de pages sont consacrées aux révélations qui, qui plus est, peinent à convaincre. Dommage tant le préambule de ce livre, sans révolutionner le genre, était séduisant.

Les humains sont parfois bien tristes à regarder. Heureusement, il y a… des chats, des arbres et des roses.

Bref, en toute objectivité, il faut être sans doute bon public pour pleinement apprécier ce livre. Il permet certes de se divertir ; on suit cette enquête sans véritablement réfléchir. Mais il y a tout de même un certain nombre de lacunes qui rendent ce roman tout juste passable. Qui plus est, reste tout de même l’impression d’avoir été un peu floué tant ce roman semble avoir été bâclé. En étant un brin provocateur, on pourrait suggérer que cela expliquerait le nombre vertigineux de livres que comporte cette série des Enquêtes de l’inspecteur Higgins.


En résumé :

Premier tome de la série des Enquêtes de l’Inspecteur Higgins de Christian Jacq, Le Crime de la momie pose les fondements de ce que sera cette série vertigineuse de romans policiers (près de soixante enquêtes tout de même). Ce roman est avant tout un hommage à l’oeuvre d’Agatha Christie tant les parallèles semblent évidents. Il arrive, bon an mal an, à nous faire passer un moment sympathique de lecture, à nous divertir. Et parfois cela suffit. En amateur du genre (et surtout bon public), tel a été globalement mon cas. Pourtant, si l’on était plus objectif, et surtout plus exigeant, de nombreuses lacunes nous sauteraient aux yeux : des incohérences flagrantes, un rythme très lent, des dialogues à rallonge, et un dénouement final d’une bonne trentaine de pages, qui peine à convaincre. Beaucoup d’éléments qui, mis bout à bout, peuvent être gênants. Plus étrange encore, la sensation d’avoir été un peu floué, que ce livre a été presque un peu bâclé. C’est dommage tant le préambule du livre, sans révolutionner le genre, pouvait séduire. Bref, ce livre se laisse lire, mais il ne faut pas en attendre plus qu’un moment de lecture divertissant.

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