L’énigme des Blancs-Manteaux – Jean-François Parot (2000)

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Un premier tome d’une série qui nous plonge aux côtés du jeune inspecteur Nicolas Le Floch en plein coeur du Paris du milieu XVIIIe siècle. Absolument passionnant.

Un premier tome d'une série qui nous plonge aux côtés du jeune inspecteur Nicolas Le Floch en plein coeur du Paris du milieu XVIIIe siècle. Absolument passionnant.

L’énigme des Blancs-Manteaux, Jean-François Parot, Editions 10/18, 2001 (2000)
En 1761, le jeune Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne natale pour entrer au service de M. de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV. Devenu l’un des espions du général de police, Nicolas va vite découvrir la cruauté des hommes et la brutalité des complots : à Paris, dans le monde du crime, tout tourne autour du jeu, de la débauche et du vol. Son premier meurtre le plonge au coeur des perversités de la capitale : un commissaire corrompu, une épouse ex-pensionnaire d’une maison de plaisir, un cadavre rue des Blancs-Manteaux, un bourreau médecin légistre à la morgue de la basse-geôle… Et si tout cela le conduisait trop près du roi et de Mme de Pompadour ?


Les romans policiers historiques ont souvent le vent en poupe, surtout ces dernières années. Nombreux sont les auteurs qui, aujourd’hui, arrivent à nous offrir des romans de qualité, reprenant les codes de ces deux genres littéraires. On pense notamment à Henri Loevenbruck avec sa série mettant en scène Gabriel Joly, ou encore Eric Fouassier et son Bureau des affaires occultes.

Néanmoins, l’auteur français qui a indubitablement marqué ce début du XXIe siècle avec son personnage emblématique, adapté durant de nombreuses années à la télévision, fut Jean-François Parot. Ce diplomate, malheureusement décédé en 2018, nous a offert pendant une quinzaine d’années quatorze romans mettant en scène Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle. 

Précision utile s’il en est : malgré le décès de Jean-François Parot, les enquêtes de Nicolas Le Floch se poursuivent. Depuis 2021, le journaliste et écrivain Laurent Joffrin publie en effet un nouveau roman par an en reprenant les aventures du commissaire là où elles s’étaient arrêtées. Le premier de son cru est Le Cadavre du Palais-Royal.

Mais revenons plutôt à Jean-François Parot. Le roman introductif, celui grâce auquel tout a commencé, celui qui pose les fondations de sa série au succès aussi populaire que critique, n’est autre que L’énigme des Blancs-Manteaux, paru en 2000. Avec ce premier roman, le décor est posé : un jeune homme débarque à Paris et devient inspecteur de police au début des années 1760. Sa première enquête concerne la disparition d’un commissaire et l’emmènera aux portes du pouvoir…

Ne tournons pas autour du pot : ce premier roman est un formidable succès à plus d’un titre. Jean-François Parot nous offre une immersion totale dans le Paris du milieu du XVIIIe siècle, des personnages savoureux, des dialogues de qualité, et une enquête qui tient toutes ses promesses. Que demander de plus ?

Plus tard, Nicolas revivrait cet instant comme celui de sa véritable entrée dans la police. En quelques minutes, il avait en effet franchi la frontière qui sépare l’honnête homme, ancré sur des vérités solides, aux contours délimités, et la créature de police qui ne doit jamais perdre de vue le but ultime de sa recherche. Cet art difficile impose des reniements, des calculs et… des scrupules à écarter.

Nicolas Le Floch : un personnage fascinant

Avec ce premier tome, Jean-François Parot nous donne à découvrir un personnage qui ne manque pas de panache. L’ouverture y est des plus marquantes. En effet, comment ne pas penser, à la lecture des premières pages nous contant l’arrivée de Nicolas Le Floch à Paris, à D’Artagnan des Trois mousquetaires de Dumas ? 

Les similitudes semblent évidentes : 

  • Nicolas Le Floch et D’Artagnan sont originaires de province (le personnage de Dumas, de Gascogne ; celui de Parot, de Bretagne) ;
  • Nicolas Le Floch, comme D’Artagnan, fait son entrée dans la capitale sur recommandation (le gascon avec celle de son père, le breton avec celle de son parrain) ; 
  • L’un comme l’autre vont, au fil de leurs aventures, jouer des rôles majeurs dans les affaires de la cour, protégeant leur roi respectif de potentiels scandales.

Cette entrée en matière est des plus réussies et constitue un très bel hommage à Alexandre Dumas. Elle donne aussi le ton de ce que sera ce roman et, aussi, son personnage principal. Car au fil des pages, on fait la connaissance d’un jeune homme d’un vingtaine d’années, qui débarque pour la première fois dans la capitale. 

Il y découvre une ville immense, bruyante, pleine de vie et particulièrement sale. Il doit s’acclimater et s’adapter : « Il apprit bientôt à ne plus rêver debout et à se protéger d’autres menaces : boues infectes dont les taches dévoraient les vêtements, cascades des gouttières se déversant sur les têtes et rues transformées en torrents à la moindre pluie. »

Après une formation pour devenir inspecteur, M. de Sartine, lieutenant général de police de Louis XV, lui confie une première affaire, et non des moindre : retrouver ce qui est arrivé à M. Lardin, commissaire de police, et son formateur chez qui il loge… Ce dernier a en effet disparu. Et l’un des suspects n’est rien d’autre que son ami, le docteur Semacgus. 

A travers cette enquête, et tout au long de ce livre initiatique, on verra Nicolas le Floch grandir et peu à peu se dépouiller de la naïveté propre à son âge. Cette enquête le conduira dans les bas-fonds de Paris, l’amènera à côtoyer les maisons closes, et tous les vauriens de la capitale. On verra ainsi naître un détective particulièrement sagace et malin, qui saura trouver sa place dans ce monde qui mêle aussi bien les criminels que les personnalités les plus en vue de la cour du roi. De quoi nous donner envie de prolonger l’aventure à ses côtés. 

Tout à Paris, dans le monde du crime, tournait autour du jeu, de la débauche et du vol. Ces trois mondes communiquaient entre eux par d’innombrables canaux.

Le Paris du milieu du XVIIIe siècle

Si le personnage de Nicolas Le Floch est particulièrement attachant et séduisant, comment ne pas saluer ici tout le talent de Jean-François Parot pour nous plonger au cœur de cette époque révolue ? Car oui, outre cette affaire criminelle qui nous passionne, il est absolument indéniable que la plume de l’auteur y est pour beaucoup.

On le sent à chacune des pages de ce roman historique, à chacune des descriptions, à chacun des personnages historiques qui apparaissent ça et là : Jean-François Parot connaît sur le bout des doigts la France du XVIIIe siècle. En véritable historien, il ressuscite sous nos yeux le Paris de 1760. On est totalement transporté dans les rues de la capitale, avec ses odeurs, son vacarme, et ses représentations qui nous emportent avec elles.

Jean-François Parot nous transmet aussi toute son érudition concernant ce siècle si particulier. Dans les bibliothèques de ses personnages, on découvre des livres qui ont marqué l’époque (comme l’Encyclopédie, évidemment, ou Le Diable boiteux de Lesage), tout comme, dans les cabinets de curiosité, dès œuvres plutôt originales, comme une sculpture de cire de Zumbo. Bref, tous ceux qui sont captivés par cette période, sa culture, y trouveront aussi leur compte.

Toutefois, la reconstruction historique ne pourrait pas être complète si la langue elle-même n’était pas conçue pour être au plus près de celle qui était parlée au XVIIIe siècle. Sans faire des pastiches du langage de la période, l’écriture n’en est pas moins vraisemblable. Et c’est cette recherche du vraisemblable qui nous plonge merveilleusement dans le Paris de cette époque.

Enfin, si on veut être complet sur les éléments qui contribuent à nous plonger efficacement en plein cœur du XVIIIe siècle, il faut également mentionner la rigueur incomparable de Jean-François Parot pour nous mettre l’eau à la bouche. Car oui, le succès de cette série de livres tient aussi en la découverte de mets d’exception. En fin gourmet, Parot nous transmet avec gourmandise des recettes typiques de cette époque. Et le moins que l’on puisse dire… c’est que cela nous semble alléchant.

Il n’était rien, et son expérience parisienne lui avait enseigné que la naissance et la richesse l’emportaient toujours sur tout. Ses pauvres talents ne pesaient pas bien lourd. 

Une enquête aux portes du pouvoir

Une fois évoqués le personnage de Nicolas Le Floch et la maestria de Jean-François Parot, il est temps de dire quelques mots sur l’intrigue. Et comme tout bon polar, l’enquête est plutôt globalement bien construite. Il peut traîner ici ou là quelques défauts, notamment dans la résolution qui semble un peu confuse, mais l’essentiel est là : des rebondissements et une enquête cohérente.

Au fil des investigations de Nicolas Le Floch, on découvre des mondes longtemps mis de côté, méprisés, et, somme toute assez peu présents dans la littérature traitant cette époque. On vagabonde ainsi dans les rues de Paris pour nous faufiler dans une maison close de la ville, mais aussi à la voirie de Montfaucon, véritable dépotoir et lieu d’équarrissage, ou encore la basse-geôle du Châtelet, siège de la police de Paris.

On croise également des personnages historiques comme Sartine, évidemment, mais aussi Louis XV, Madame de Pompadour et, Sanson, le fameux bourreau d’alors. Autant de figures qui ancrent historiquement le récit et qui, à défaut de le rendre véridique, lui donne une belle touche de crédibilité. Le vraisemblable se marie ainsi merveilleusement avec le véridique. Et nous donne l’impression, le temps d’un roman, de côtoyer les grands de cette époque.

Bref, pour toutes ces raisons, ce premier roman est une véritable réussite. On plonge sans filet dans cette époque, on se prend d’amitié pour ce jeune Nicolas Le Floch et suivons ses péripéties avec le plus grand délice. Cette première enquête nous donne inévitablement envie de découvrir les autres. Et nous avons de la chance : Jean-François Parot nous en a laissé au moins treize autres (voire plus, Nicolas Le Floch lui survivant encore aujourd’hui avec Joffrin).

Les livres paraissaient toujours monter une garde silencieuse autour de lui. Enfant, il avait passé bien des heures en leur compagnie, dans le grenier de la maison de Guérande, et plus tard dans la bibliothèque du marquis, à Ranreuil. Rien ne pouvait advenir de mauvais, lorsqu’on était protégé par des alignements de reliures fraternelles. Il suffisait d’ouvrir un volume pour que s’élève une petite musique toujours émouvante et jamais semblable.


En résumé :

Ce premier tome des aventures de Nicolas Le Floch est un vrai plaisir de lecture. Jean-François Parot nous plonge au cœur du milieu du XVIIIe siècle aux côtés de ce jeune inspecteur de police, fraîchement débarqué à Paris depuis sa Bretagne natale (soit dit en passant, un très beau clin d’œil à Dumas et à D’Artagnan). Après avoir suivi une formation, le lieutenant de police du roi, Sartine, lui demande d’enquêter sur la disparition du commissaire Lardin. Cette enquête va le conduire des bas-fonds de la capitale aux portes du pouvoir. Car oui, comme l’emblématique mousquetaire, Nicolas Le Floch sera amené à jouer un rôle majeur dans les affaires politiques, mais aussi de cour… Concernant l’intrigue, s’il peut traîner ici ou là quelques défauts, notamment dans la résolution qui semble un peu confuse, l’essentiel est là : des rebondissements et une enquête passionnante. Mais au-delà du récit en lui-même, qui est déjà prenant, force est de saluer ici la maestria de Jean-François Parot pour reconstituer le Paris du XVIIIe. En véritable historien, il ressuscite sous nos yeux le Paris de 1760. Tout y est : les références historiques et culturelles, les descriptions de la capitale d’une rare précision et, surtout, le langage. L’auteur maîtrise cette langue un peu révolue mais nous la retranscrit de manière particulièrement crédible. Sans le caricaturer pour autant, son écriture n’en est pas moins vraisemblable et cela fonctionne. Enfin, bien évidemment, quand on évoque la saga Nicolas Le Floch, on se doit de saluer le talent inégalable de Jean-François Parot pour nous mettre l’eau à la bouche. Car oui, le succès de cette série de livres tient aussi en la découverte de mets d’exception. En fin gourmet, Parot nous transmet avec gourmandise des recettes typiques de cette époque. Bref, pour toutes ces raisons ce premier roman est une véritable réussite. On plonge sans filet dans cette époque, on se prend d’amitié pour ce jeune Nicolas Le Floch et suivons ses péripéties avec le plus grand délice. Cette première enquête nous donne inévitablement envie de découvrir les autres. 

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