La Cabane dans les arbres – Vera Buck (2024)

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Un thriller haletant et maîtrisé qui nous plonge au coeur de la forêt suédoise, dans un huis-clos oppressant. Une véritable claque qui confirme l’émergence d’une voix singulière du polar européen contemporain : celle de Vera Buck.

Un thriller qui nous embarque au coeur de la forêt suédoise dans un huis-clos percutant et haletant.

La Cabane dans les arbres, Vera Buck, Editions Gallmeister, 2025 (2024)
C’est l’heure des vacances. Henrik et Nora ont décidé de partir en Suède avec Fynn, leur fils de cinq ans. Mais à peine arrivés dans leur jolie maison isolée au cœur de la forêt, une sensation d’oppression les étreint. Très vite, ce qui devait être un été idyllique se transforme en cauchemar : le squelette d’un enfant est déterré dans les environs et, peu après, Fynn disparaît. Alors que ses parents remuent ciel et terre pour le retrouver, Rosa, une troublante jeune femme passionnée de botanique, découvre un terrible secret dissimulé au fond des bois. Y a-t-il un lien entre la disparition de Fynn et le petit squelette ? Et qu’en est-il de la cabane perchée dans le vieux frêne, un endroit sinistre qui semble encore habité ?


Vera Buck est une écrivaine allemande née en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 1986. Après avoir étudié le journalisme, elle se lance dans l’écriture et commence à publier ses livres en Allemagne à partir de 2015. En France, elle se fait connaître avec la publication de son premier thriller en 2024, Les Enfants loups, qui lui permet d’obtenir le prix Le Point du Polar européen en 2025.

C’est aussi en 2025 qu’est publié, toujours aux Éditions Gallmeister, son second thriller, La Cabane dans les arbres. Comme pour son roman précédent, la nature a une place de taille, puisque c’est dans l’immense forêt suédoise que se déroule cette nouvelle intrigue. Et ici aussi, il s’agit d’un roman polyphonique : quatre personnages nous donnent leur point de vue, nous relate leur histoire, aussi tragique soit-elle. 

D’abord il y a Nora et son mari, Henrik. Elle est ingénieure, lui est écrivain. Il écrit des histoires pour les enfants. A tour de rôle, ils vont nous raconter, chacun à leur manière, la façon dont ils vont vivre la disparition de leur fils, Fynn, alors âgé de cinq ans. Mais il y a aussi Rosa, cette jeune femme atypique, fascinée par la botanique et la mort. Et enfin Marla, une enfant captive d’un monstre, qui l’oblige à vivre le plus souvent dans un cabane perchée dans les arbres.

Dans ce huis-clos oppressant, la petite maison familiale d’Henrik et cette mystérieuse cabane, tout comme cette forêt angoissante, se transforment peu à peu en personnages à part entière. Car bien plus que des décors, ce sont elles qui vont faire basculer le destin de Nora, Henrik, Rosa et Marla dans l’horreur.

Autant le dire dès cette introduction : ce livre est puissant, captivant. Deuxième incursion seulement dans le thriller, et déjà l’évidence d’une autrice qui en maîtrise tous les codes. Avec ce roman, Vera Buck confirme l’émergence d’une voix singulière du polar européen contemporain, appelée à s’imposer durablement dans le paysage du genre.

Les bois et le lac sombre devant notre maison sont un appel à écrire et à raconter des histoires. Une forêt et un lac, ce sont les meilleurs viviers pour les monstres et les angoisses de toutes sortes.

Un thriller haletant et maîtrisé

Si ce roman n’est jamais ennuyant, force est de constater qu’il prend le temps de mettre en place son intrigue. Ne serait-ce que pour son premier quart, du moins. Son prologue, glaçant, et les chapitres qui suivent, posent les bases de ce que sera ce livre. Une alternance entre différents points de vue, différentes histoires, différentes trajectoires qui finiront par se croiser. 

Pour ce faire, Vera Buck se doit de mobiliser plusieurs chapitres à la présentation de ses personnages. Roman polyphonique oblige. Faire le choix de raconter son intrigue à travers les yeux de quatre personnages n’est pas anodin, et il faut bien, en effet, près d’une centaine de pages pour y parvenir. Vera Buck y excelle visiblement ici. 

Pour notre plus grand plaisir, faut-il bien l’admettre. Aucun de ces chapitres n’est trop long, chacun s’avère nécessaire. Ces quatre personnages, aux profils si variés, arrivent à capter notre intérêt. On sent bien qu’ils ont chacun quelque chose à cacher, qu’au fil des pages leur carapace va se fissurer pour nous permettre d’y voir un peu plus clair dans cette intrigue si complexe. 

Surtout, Vera Buck profite de ces premiers chapitres pour construire une ambiance. Une ambiance pesante, angoissante, qui rend le décor de cette intrigue (une forêt au bord d’un lac) si écrasant. L’odeur des bois, le vent dans les cimes, les branches qui craquent, les bruits indéfinissables : tout ce qui, en temps normal, fait le charme de la forêt se métamorphose, après la disparition d’un enfant, en un décor oppressant, rapidement étouffant.

Car c’est bien avec la disparition mystérieuse de Fynn que tout bascule. Dès les premières pages, on sentait venir au loin l’orage. Mais c’est lorsque Henrik s’aperçoit que son fils n’est plus à ses côtés que le rythme s’accélère. Que cette forêt se referme peu à peu sur ce tableau qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.

Dès lors, l’intrigue se resserre, le suspense devient insoutenable. On tourne les pages, pris au piège nous aussi par cette forêt qui nous opprime. Ces personnages ont chacun leur secret, qu’ils en aient conscience ou non. On veut les percer à jour, bien qu’ils ne soient peut-être pas tous aussi attachants. Nora et Henrik, pourtant les premiers concernés par la disparition de leur fils, sont sans doute un peu en deçà tant Marla, et surtout Rosa, prennent les lumières. Ce sont elles qui, me semble-t-il, sont les plus intéressantes.

Puis vient le dénouement. Brutal, peut-être un peu trop. Et c’est là l’unique bémol à mettre en avant dans ce livre. Tout au long de ce récit, Vera Buck a su construire une intrigue particulièrement efficace, aux ramifications mine de rien assez complexes. C’est pour cette raison que la fin qu’elle nous propose apparaît un brin frustrante. Comme si un brouillard était tombé sur cette forêt, les ultimes révélations restant un peu floues. Mais cette petite réserve est loin de suffire pour ternir l’immense plaisir qu’a été la lecture de ce livre.

Je fais tout pour mon fils. Pour lui, je suis un cheval, un pilote, un magicien, un Viking, un pirate. J’invente des histoires et il n’existe aucun meilleur public que lui, Fynn, pour qui tout est encore possible et crédible. C’est la raison pour laquelle j’écris pour les enfants et non pour les adultes.

Un livre sur l’enfance

La thématique majeure de ce livre est évidemment l’enfance. Au fond, tout ce thriller s’articule autour d’elle : autour de l’insouciance propre à cet âge, des histoires que l’on se raconte et qui illuminent un rapport au monde encore en construction, mais aussi des horreurs que l’on peut y vivre.

Et en ce sens, le personnage le plus emblématique de cette approche est évidemment Henrik. S’il n’est qu’un des quatre personnages mis en avant ici, il n’en reste pas moins que l’ensemble du récit est construit autour de lui. Son enfance passée avec son grand-père dans cette maison familiale est au cœur de l’intrigue. Et les souvenirs qui s’y rapportent également. 

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son métier est d’écrire des histoires pour les enfants. Tout semble indiquer qu’Henrik est piégé par ce passé oscillant entre les magnifiques vacances passées avec son grand-père et son rapport conflictuel avec son père. Comme un refuge, ses histoires lui permettent de s’éloigner de la réalité.

Mais dans ce roman, l’enfance est aussi au cœur des trajectoires de Marla et, dans une moindre mesure, de Rosa. Il ne s’agit pourtant pas de celle d’Henrik, plus colorée. Non la leur est bien plus sombre. Entre harcèlement et sévices, chacune à leur manière n’a pas eu de véritable enfance. Cette cabane, perchée là-haut dans les arbres, est aussi une métaphore du présent prisonnier du passé et de la jeunesse. Et de ces existences, qui n’arrivent pas à s’en échapper.

Personne ne semble voir quoi que ce soit de positif à l’étude de la mort, ils pensent que c’est anormal, et je trouve ce simple fait très révélateur dans une société où l’on meurt chaque jour. J’aimerais bien savoir qui, ici, n’est pas normal.

En somme, La Cabane dans les arbres est un thriller percutant et émouvant. Il nous tient en haleine tout du long, et nous piège avec lui dans cette forêt qui cache de terribles secrets. Une excellente découverte, vraiment. Une claque je dirais même. À lire absolument.

La Cabane dans les arbres est une véritable claque. Ce livre est puissant, captivant, angoissant. Deuxième incursion seulement dans le thriller, et déjà l’évidence d’une autrice qui en maîtrise tous les codes. Ce roman confirme l’émergence d’une voix singulière du polar européen contemporain, appelée à s’imposer durablement dans le paysage du genre : celle de Vera Buck. Le premier quart du roman est là pour poser les bases de ce que sera ce thriller. Il permet de nous présenter les quatre personnages et leur trajectoire qui finiront par se rejoindre. Surtout, Vera Buck profite de ces premiers chapitres pour construire une ambiance. Une ambiance pesante, et angoissante, qui rendra cette forêt, mais aussi cette cabane et cette maison familiale, si étouffantes. Et tout finit par basculer lors de la disparition de Fynn. C’est lorsque Henrik s’aperçoit que son fils n’est plus à ses côtés que le rythme s’accélère. Que cette forêt se referme peu à peu sur ce tableau qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. Puis vient le dénouement. Brutal, peut-être un peu trop. Comme si un brouillard était tombé sur cette forêt, les ultimes révélations restant un peu floues. Mais cette petite réserve est loin de suffire pour ternir l’immense plaisir qu’a été la lecture de ce livre. Enfin, on notera que ce roman est aussi un récit sur l’enfance. Au fond, tout ce thriller s’articule autour d’elle : autour de l’insouciance propre à cet âge, des histoires que l’on se raconte et qui illuminent un rapport au monde encore en construction, mais aussi des horreurs que l’on peut y vivre. Car cette cabane, perchée là-haut dans les arbres, est aussi une métaphore de ces existences prises au piège de leur passé et de leur jeunesse. Bref, La Cabane dans les arbres est un thriller percutant et émouvant. Il nous tient en haleine tout du long, et nous piège avec lui dans cette forêt qui cache de terribles secrets. Une excellente découverte, vraiment. Une claque je dirais même. À lire absolument.

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