Un roman d’aventure qui nous amène en Russie à côté d’un des héros les plus fascinants de Jules Verne. Un classique qui emportera avec lui adolescents et adultes en mal d’aventures.

Michel Strogoff, Jules Verne, Le Livre de Poche, 1974 (1876)
Les provinces sibériennes de la Russie sont envahies par des hordes tartares dont Ivan Ogareff est l’âme. Ce traître, poussé par une ambition insensée autant que par la haine, projette d’entamer l’empire moscovite ! Le frère du tsar est en péril à Irkoutsk, à 5 523 kilomètres de Moscou, et les communications sont coupées. Comment le prévenir ? Pour passer, en dépit des difficultés sans nombre et presque insurmontables, il faudrait un courrier d’une intelligence et d’un courage quasi surhumains. Le capitaine Michel Strogoff est choisi et part, porteur d’une lettre du tsar, en même temps qu’une jeune Livonienne, la belle Nadia, et que deux journalistes, l’Anglais Harry Blount et le Français Alcide Jolivet… Dans ce très grand roman, les extraordinaires péripéties, souvent dramatiques, que va connaître Michel Strogoff, un des plus merveilleux héros de Jules Verne, au cours de son voyage à travers les immenses régions sibériennes, tiennent en haleine les lecteurs jusqu’à la dernière page.
Publié en 1876, Michel Strogoff s’inscrit dans la période de pleine maturité littéraire de Jules Verne, alors déjà reconnu comme l’un des grands artisans du roman d’aventures moderne. Après avoir exploré les profondeurs marines, les airs et l’espace, Verne choisit ici la terre ferme : un immense territoire, la Russie impériale, dont la démesure géographique nourrit l’imaginaire autant que l’intrigue.
Contrairement à nombre de romans des Voyages extraordinaires, l’ensemble des romans d’aventures de Jules Verne, Michel Strogoff n’est pas centré sur une invention ou une spéculation scientifique. En revanche, comme à son habitude, l’aventure et les péripéties sont bien présentes dans ce livre, sinon d’autant plus. Il s’agit d’un roman d’action, presque classique dans sa structure, mais d’une remarquable efficacité narrative. L’intrigue peut, en effet, se résumer en une seule phrase : Michel Strogoff doit traverser la Russie pour délivrer un message au Grand Duc avant que les Tartares n’envahissent Irkoutsk.
Le contexte politique du récit — une insurrection tartare menaçant l’unité de l’Empire russe — confère également au roman une dimension historique et épique. Cette toile de fond permet à l’auteur d’articuler le destin individuel de Michel Strogoff avec les enjeux collectifs d’un État en péril.
Tous ces éléments, mis bout à bout, font de Michel Strogoff un roman d’aventure palpitant. On comprend pourquoi, à l’image de la plupart des romans de Jules Verne, ce livre peut être conseillé aux adolescents. Bien que certains passages soient un peu lourds, et s’il reste fondamentalement ancré dans le XIXe siècle, il représente tout de même une belle porte d’entrée dans la littérature. En suivant les aventures de Michel Strogoff, on plonge dans une lecture haletante, dans laquelle le suspense est au rendez-vous.
En vérité, si un homme pouvait mener à bien ce voyage de Moscou à Irkoutsk, à travers une contrée envahie, surmonter les obstacles et braver les périls de toutes sortes, c’était, entre tous, Michel Strogoff.
Plus qu’un voyage, une épopée terrestre
Le roman repose sur une structure limpide : un départ, une traversée, et une arrivée sans cesse retardée, de plus en plus hypothétique. Ce schéma, d’une grande efficacité dramatique, permet à Jules Verne d’inscrire son récit dans la tradition de l’épopée. Chaque étape du voyage de Michel Strogoff devient un seuil à franchir, une épreuve nouvelle qui relance l’intérêt du lecteur.
La géographie n’est jamais un simple décor. Les fleuves, les plaines sibériennes, les villes menacées sont décrits avec suffisamment de précision pour ancrer le récit dans le réel tout en amplifiant son souffle romanesque. Verne transforme ainsi l’espace en adversaire : les distances écrasantes, les conditions climatiques extrêmes et l’isolement constant renforcent la tension et soulignent la fragilité de l’homme face à l’immensité.
Cette progression spatiale est aussi une progression intérieure. À mesure que le héros avance, les certitudes s’effritent, les forces s’amenuisent, mais la détermination se renforce. Le voyage devient une épreuve initiatique, au cours de laquelle Michel Strogoff plonge au fond de lui-même pour ne s’accrocher qu’à une seule chose : sa mission et, donc, son honneur.
Enfin, cette architecture linéaire permet à Verne de maintenir un rythme soutenu sans sacrifier la cohérence. Les péripéties s’enchaînent avec une logique implacable, donnant au roman une fluidité remarquable. L’aventure, ici, n’est jamais dispersée ; elle est tendue vers un but unique, presque obsessionnel.
– Pendant l’hiver, nous aurions été plus rapidement et plus sûrement, n’est-ce pas ?
– Oui, plus rapidement surtout, mais tu aurais bien souffert du froid et des neiges !
– Qu’importe ! L’hiver est l’ami du Russe.
Une figure du devoir et de la fidélité
Michel Strogoff est sans doute l’un des héros les plus austères de Jules Verne. Peu disert, presque effacé, il se définit moins par ses paroles que par ses actes. Cette sobriété confère au personnage une dimension exemplaire : il incarne une morale du devoir, fondée sur l’obéissance à la parole donnée et sur la fidélité à une autorité légitime.
Le tsar, figure lointaine mais omniprésente, représente l’ordre et la continuité de l’État. En servant cette autorité, Strogoff ne défend pas seulement un pouvoir politique, mais une certaine idée de la stabilité du monde. Le roman valorise ainsi une éthique du service, où l’individu accepte de s’effacer derrière une mission qui le dépasse.
Cette conception de l’héroïsme est renforcée par l’absence de triomphalisme. Les succès de Strogoff sont toujours arrachés à la douleur, au doute, parfois à l’humiliation. L’héroïsme que Jules Verne nous présente ici, ne repose pas sur l’invincibilité, mais sur la persévérance silencieuse face à l’adversité. Comme Jules Verne l’écrit dans ce roman, ce ne sont pas tant les succès de Michel Strogoff qui importent ici, mais les épreuves qu’il traverse.
Marfa est une femme énergique, une vaillante Sibérienne. Malgré son âge, elle a conservé toute sa force morale. Elle sait souffrir.
Souffrance, résistance et humanité
L’un des aspects les plus marquants du roman réside dans la place accordée à la souffrance physique et morale. L’épreuve de la cécité, notamment, constitue un sommet symbolique du récit. Elle représente l’anéantissement apparent du héros, privé de ce qui lui permettait d’avancer, de voir et de comprendre le monde.
Cette souffrance n’est jamais traitée de manière spectaculaire ou complaisante. Verne adopte un ton retenu, presque pudique, qui renforce la gravité de l’épreuve. La douleur devient un espace de silence, un temps suspendu où se mesure la véritable force intérieure du personnage.
Parallèlement, ce roman, somme toute assez sombre, accorde une grande importance aux liens humains. Les figures secondaires (compagnons de route, alliés inattendus, témoins bienveillants), pas vraiment caricaturales mais tout de même peu travaillées, donnent un peu de couleurs au récit. Mention spéciale aux deux journalistes, Blount et Jolivet, qui apportent un touche de légèreté bienvenue.
Ce sont ces liens humains, et notamment le rapport de Michel Strogoff avec sa mère et Nadia, qui le font tenir et s’accrocher. On est surpris de voir à quel point les grands ressorts dramatiques que l’on observe aujourd’hui en littérature, mais aussi dans l’audiovisuel, sont présents ici, au moins à titre d’ébauche.
Bref, Michel Strogoff est un roman intemporel, qui continue de parler au lecteur contemporain. Bien qu’il soit sans doute un peu daté, et un peu moins connu que les autres livres de Jules Verne, ce classique de la littérature d’aventure reste indémodable. Sans doute un peu plus sombre qu’à l’accoutumée, il représente tout de même une très belle porte d’entrée dans l’œuvre de Jules Verne et saura plaire autant aux adolescents qu’aux adultes en mal d’aventures.
Michel Strogoff arriva, par la suite, à une haute situation dans l’empire. Mais ce n’est pas l’histoire de ses succès, c’est l’histoire de ses épreuves qui méritait d’être racontée.
Michel Strogoff occupe une place singulière dans l’œuvre de Jules Verne. Roman de la maturité, sans doute plus sombre, il délaisse l’imaginaire scientifique cher aux Voyages extraordinaires pour proposer une aventure dans la Russie impériale. L’intrigue, somme toute assez simple, n’en est pas moins particulièrement efficace. On se plaît à suivre les péripéties de Michel Strogoff qui doit traverser le territoire russe pour délivrer un message capital pour la survie de l’empire. Certes, le roman est peut-être un peu daté, certains passages un peu lourds (Jules Verne aime bien montrer son érudition), la vraisemblance parfois fragile, mais ce roman n’en reste pas moins incroyablement palpitant. Moderne par bien des aspects, on est surpris de voir à quel point les grands ressorts dramatiques que l’on observe aujourd’hui en littérature, mais aussi dans l’audiovisuel, sont présents ici, au moins à titre d’ébauche. Le suspense est, de fait, indubitablement au rendez-vous. Et puis, on voyage quand même beaucoup en lisant Michel Strogoff. On traverse la Russie sur plus de cinq mille kilomètres. De l’Oural en passant par les grandes plaines sibériennes, les paysages sont suffisamment diversifiés pour ne pas nous lasser. Bref, porté par des thèmes universels et des aventures aux multiples rebondissements, Michel Strogoff constitue une porte d’entrée idéale dans l’œuvre de Jules Verne et un classique toujours capable de captiver lecteurs adolescents comme adultes en quête d’aventures.
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Un classique que j’avais lu, mais qui m’avait un peu « pompé », à la longue, car il y avait trop de digressions et je m’y étais ennuyée… Oui, c’est dommage, parce que c’était un Jules Verne que j’aurais voulu apprécier.
En effet, c’est dommage ! Mais comme je le dis dans ma chronique, c’est vrai que le livre est un peu daté, et que Jules Verne aime bien montrer son érudition. Mais ce n’est pas très grave, il a écrit suffisamment de romans pour en trouver un qui vous plaira !