Une histoire littéraire de la Révolution française – Olivier Ritz (2026)

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Un essai qui nous plonge au coeur de la Révolution française pour rendre hommage à cette littérature oubliée, à celles et ceux qui ont marqué leur époque de leurs textes. Passionnant.

Un essai qui nous plonge au coeur de la Révolution française pour rendre hommage à cette littérature oubliée, à celles et ceux qui ont marqué leur époque de leurs textes. Passionnant.

Une histoire littéraire de la Révolution française, Olivier Ritz, Folio, 2026
De la Révolution, on croit tout connaître, ses grands noms, ses grands textes et ses symboles. Mais que sait-on de la littérature à laquelle elle a donné lieu ? Peu de chose, en général, coincée qu’elle est entre les Lumières et le romantisme. Paradoxalement, pourtant, on n’avait jamais autant publié ni lu qu’à cette période, et peut-être même jamais autant débattu de littérature !
Condorcet, Mercier, Beaumarchais, mais aussi Manon Roland, Olympe de Gouges, Germaine de Staël ou encore Ann Radcliffe… Autant de figures qui sont prises dans le mouvement de l’histoire et s’en font l’écho dans leurs écrits. Avec elles, la littérature devient même une activité collective. Collective et engagée, tant il est vrai que les idées circulent avec les mots. La littérature de la Révolution se révèle à cet égard étonnamment innovante, du point de vue tant formel et stylistique que politique.
Pour raconter cette histoire, Olivier Ritz a passé méthodiquement en revue toute la riche production qui a paru jour après jour de 1788 à 1801, nous replongeant à hauteur d’hommes (et de femmes !) dans une histoire en train de s’écrire.


La Révolution française a été un événement marquant de l’histoire de France. Un événement politique surtout, et très peu littéraire. C’est du moins l’impression, peut-être en partie erronée, que nous avons aujourd’hui de la période. Dans notre imaginaire, gît quelque part cette idée que durant la période de la Révolution, la politique et la littérature ont été dissociées. Comme si le politique avait écrasé de tout son poids le littéraire, l’avait peu à peu effacé de l’Histoire. 

En matière de littérature, avant 1789, le XVIIIe siècle a été marqué par des grands noms tels que Marivaux, Voltaire, Diderot ou encore Rousseau. Puis le XIXe siècle a été celui du romantisme et, plus tard, de l’apogée de la littérature française avec des Hugo, Balzac, Dumas et Zola. En revanche, la période charnière de la fin du XVIIIe siècle, marquée historiquement par la Révolution, est elle, peu ou proue, tombée dans l’oubli. Comme si rien ou presque n’avait été écrit pendant cette période si particulière. 

C’est précisément pour lutter contre cette amnésie collective qu’Olivier Ritz, enseignant-chercheur en littérature française à l’Université Paris-Cité, s’est proposé d’écrire Une histoire littéraire de la Révolution française. En particulier celle de Paris, puisqu’à l’époque la vie politique et littéraire française se jouait majoritairement dans la capitale. 

Un essai qui nous plonge au cœur d’une époque traversée par des bouleversements majeurs, une époque qui a fait la littérature autant que la littérature a contribué à faire de la Révolution cette période charnière pour l’histoire de France.

La Révolution n’a pas été le contexte de l’activité littéraire, mais son objet principal et même, à certains égards, son résultat. Littérature et Révolution ont été étroitement liées, agissant l’une sur l’autre.

La Révolution, une époque nouvelle pour la littérature

Avec Une histoire littéraire de la Révolution française, Olivier Ritz nous donne à voir la Révolution sous une lumière différente : celle de la littérature. Bien entendu, les grandes figures politiques de l’époque ne sont jamais bien loin ; les Robespierre, Danton, Roland, Marat et autres apparaissent parfois au détour d’une page. Pourtant, l’essentiel du propos se situe autre part : au cœur des imprimeries de l’époque. 

Dans ce livre, on sent l’odeur du papier, on entend le bruit sourd des presses. Dès 1789, et surtout 1790 avec la fin du « privilège de librairie » (une autorisation donnée par le pouvoir pour éditer un ouvrage), les écrits se multiplient. Rien qu’à Paris, le nombre d’imprimeries est passé d’une trentaine avant la Révolution à plusieurs centaines. Le papier sera l’objet même de cet essai, et avec lui toute la littérature de l’époque.

Car, avec la Révolution, la possibilité d’écrire, de produire des écrits s’est ouverte : dans les journaux, par des brochures, des affiches, des retranscriptions de discours mais aussi des livres. La forme des écrits en est modifiée : on voit se multiplier les textes courts, pour des raisons autant politiques que matérielles : l’actualité, les discours, les idées passaient par les journaux. Et comme la demande en papier augmentait, les textes longs étaient relégués au second plan, du moins au début de la période. Priorité était ainsi donné aux textes plus courts.

A cette époque, les mots étaient présents partout : prononcés à l’Assemblée ou dans des Clubs, affichés sur les murs, criés par les vendeurs de journaux et écrits sur toutes les formes de supports imaginables. Même si la censure était toujours, d’une manière ou d’une autre, présente, la liberté de publier avait franchi un cap. La frénésie de l’écriture s’était emparée de Paris : il fallait écrire pour transmettre ses idées, écrire pour être connu, écrire pour faire carrière. Mais surtout, il fallait écrire vite. Les textes devaient paraître vite, de peur d’être déjà dépassés. A bien des égards, la Révolution a été un renouveau pour la littérature.

Le premier objet des imprimés de la période révolutionnaire est la Révolution elle-même.

Une plongée au coeur de la Révolution grâce à ses écrits

Pour couvrir cette fin du XVIIIe siècle, la méthode de l’historien Olivier Ritz est simple, mais ô combien passionnante : suivre de manière chronologique les grands jalons de la littérature entre les deux bornes temporaires qu’il s’est fixé : de 1788 avec la convocation des Etats généraux jusqu’en 1801 et la signature du Concordat. Il nous plonge dans les grands textes qui ont façonné cette période. 

Poésie, théâtre, fable, roman ou essai, tous les genres sont traversés à cette période par de profonds bouleversements. Les frontières qui les séparaient deviennent plus poreuses. Leur forme change, tout comme leurs objets et les auteurs eux-mêmes. Avec la profusion des textes, on assiste aussi à une forme de démocratisation de la littérature. Beaucoup plus d’aspirants écrivains, hommes et femmes, se voient offrir la possibilité d’être publiés. Pour le meilleur, et parfois aussi, pour le pire.

On voit ainsi défiler les noms qui ont marqué cette période. Parmi eux, Jean-Joseph Mounier, Volney, Mirabeau, Olympe de Gouges, Félicité de Genlis, Jean-Baptiste Louvet, Jean-Pierre Claris de Florian, Sylvain Maréchal, Manon Roland et, sur la fin de ce livre, le jeune Chateaubriand.

L’activité littéraire n’a pas été un à-côté de la Révolution : elle en a été l’un des moteurs, au cœur des luttes d’influence et de pouvoir.

Pour exister dans tout ce flux continu d’écrits en tout genre, il faut crier fort, quitte à exagérer. Les textes se répondent d’un journal à un autre. Les auteurs s’allient parfois au pouvoir, en deviennent les porte-paroles ; d’autres fois le dénoncent. Il y a de l’opportunisme, mais aussi de l’engagement sincère.

La littérature fait et défait les réputations. Elle met en danger, aussi. Car elle représente également un tremplin pour ceux qui souhaitent aspirer à un rôle plus politique. Les textes représentent un formidable moyen de se faire connaître, « d’imprimer » dans l’esprit des gens. Mais cela peut parfois conduire à l’échafaud, à l’image de Fabre d’Eglantine.

Mais au-delà des auteurs, la littérature elle-même se transforme. Bien évidemment, la Révolution n’est pas un bloc monolithique : elle est faite de phases, d’épisodes qui bousculent en permanence la vie littéraire. On voit ainsi apparaître des thématiques nouvelles : des écrits portent, postérieurement, sur la « Terreur » (dont Olivier Ritz interroge la pertinence de ce nom), mais aussi sur l’émigration (certains Français doivent s’exiler), sur les héritages, sur le passé, etc…

Bref, si la Révolution a incontestablement inspiré la littérature, il est indéniable, aussi, que la littérature a contribué à faire de la Révolution cet événement si fondamental pour la France.

La participation féminine à l’activité littéraire est plus forte que ne le laissent penser les textes consacrés par la postérité et une trop grande attention aux mécanismes d’exclusion. Avant et après la réaction de 1793 contre l’engagement politique des femmes, des autrices ont compté dans tous les domaines de la vie littéraire.

Des femmes au coeur de la Révolution

Ce livre rend aussi hommage aux femmes de cette époque. Ici, Olivier Ritz refuse deux idées reçues : celle, d’abord, qui voudrait que le rôle des femmes durant la période ait été ridiculement insignifiant. Celle, aussi, qui feraient d’elles des victimes d’une époque profondément misogyne qui ne leur donna aucune place. Oui, les femmes de la Révolution ont subi moqueries, insultes et ont été victimes d’un sexisme intolérable. C’est indéniable. Pour autant, un certain nombre d’entre elles ont su faire entendre leur voix, parfois avec grand succès. 

C’est le cas de Manon Roland, épouse de Jean-Marie Roland, tous deux brissotins, c’est-à-dire girondins. Son rôle au sein de ce groupe fut particulièrement important, et elle a, à bien des égards, inspiré son mari. Olympe de Gouges, elle aussi, a marqué le début de la Révolution, notamment avec son texte, la Déclaration des droits de la femme et du citoyens. Toutes les deux furent guillotinées à la fin de l’année 1793.

Néanmoins d’autres noms, peut-être moins connus aujourd’hui, ont su s’imposer durant cette décennie incertaine : Germaine de Staël (De la littérature, 1800), Félicité de Genlis (Les Chevaliers du Cygne, 1795), Constance Pipelet (Épître aux femmes, 1797), ou encore des étrangères comme Ann Radcliffe (Les Mystères d’Udolphe, 1794) ou Mary Wollstonecraft (Défense des droits des femmes, 1792). La grande force de ce livre d’Olivier Ritz, c’est de nous rappeler que des femmes ont, elles aussi, participé à cette époque.

La littérature de la Révolution défend des idées, exprime des émotions et raconte des histoires. Elle reste pour une part un « trésor perdu », et donc un trésor à retrouver. L’histoire présentée dans ce livre est une invitation à le faire.

En fin de compte, Olivier Ritz redonne ici la parole à des noms oubliés, à une littérature qui, majoritairement, est tombée dans l’oubli. Avec ce livre, on plonge dans une période qui a marqué notre histoire, et on redécouvre des textes qui ont, en leur temps, marqué leurs contemporains. Bref, Une histoire littéraire de la Révolution française s’adresse autant aux passionnés de la Révolution qu’aux amateurs de littérature. On découvre avec plaisir tout un pan oublié de notre histoire. Un livre fascinant et passionnant.

Dans l’imaginaire collectif, ne reste bien souvent de la Révolution française que l’histoire politique de cette période aux conséquences fondamentales pour notre pays. La production littéraire a bien souvent été reléguée au second plan, quand elle n’est pas tout bonnement tombée dans l’oubli. C’est précisément pour lutter contre cette amnésie collective qu’Olivier Ritz s’est proposé d’écrire Une histoire littéraire de la Révolution française. Il nous livre ainsi un essai passionnant sur les livres et les noms qui ont marqué les années 1788-1801 de leur empreinte. A ses yeux, la Révolution a autant fait la littérature de l’époque que la littérature a contribué à faire la Révolution. Il nous montre comment, dès 1788, la littérature a profondément été marquée par les bouleversements politiques qui se jouaient alors. S’ouvre ainsi une période qui dynamise la production écrite : les journaux se multiplient, on publie des discours, des brochures, des affiches et des livres. Il fallait écrire pour convaincre, écrire pour être connu, écrire pour faire carrière, écrire pour être élu. Aux côtés des grands noms de l’époque, on voit poindre des noms oubliés : Volney, Florian, Louvet, Maréchal et tant d’autres. Mais surtout, Olivier Ritz rend hommage aux femmes de l’époque : Olympe de Gouges, bien sûr, mais aussi Félicité de Genlis, Manon Roland, Germaine de Staël ou encore Constance Pipelet. Car pour lui, il faut éviter deux écueils les concernant : d’une part, celui qui consisterait à leur attribuer un rôle insignifiant. D’autre part, en faire des victimes d’une époque profondément misogyne qui ne leur donna aucune place. Oui, elles ont subi moqueries, insultes et ont été victimes d’un sexisme intolérable. C’est indéniable. Pour autant, un certain nombre d’entre elles ont su faire entendre leur voix, parfois avec grand succès. Bref, avec ce livre, on redécouvre une littérature souvent oubliée. Ce livre s’adresse autant aux passionnés de la Révolution qu’aux amateurs de littérature. On découvre avec plaisir tout un pan oublié de notre histoire. Un livre fascinant et passionnant.

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