Le romantisme est un mouvement littéraire qui apparaît à la fin du XVIIIᵉ siècle et s’épanouit durant la première moitié du XIXᵉ siècle. Né en réaction aux principes du classicisme et à la confiance dans la raison héritée des Lumières, il accorde une place centrale à l’expression des émotions, à la subjectivité et à l’exploration de l’expérience individuelle. En littérature comme au théâtre, il renouvelle les thèmes, les formes et la conception même de l’écrivain.
Le terme « romantique » existait avant le mouvement lui-même. Il dérive de l’ancien français romanz, qui désignait les textes écrits en langue romane par opposition au latin. Au XVIIIᵉ siècle, le mot prend progressivement le sens de ce qui évoque le pittoresque, le sentiment ou l’imagination. Ce n’est qu’au tournant du XIXᵉ siècle que le romantisme devient le nom d’un courant littéraire structuré, dont les manifestations varient selon les pays mais reposent sur plusieurs principes communs.
Les origines et le développement du romantisme
Le romantisme naît d’abord dans les pays de langue allemande et en Grande-Bretagne avant de se diffuser dans le reste de l’Europe. En Allemagne, le mouvement Sturm und Drang (« Tempête et Élan »), développé dans les années 1770, annonce plusieurs de ses caractéristiques : la valorisation du génie créateur, le refus des règles rigides et l’importance accordée aux passions. Des auteurs comme Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich Schiller jouent un rôle déterminant dans cette évolution.
Le roman Les Souffrances du jeune Werther (1774) de Goethe constitue l’une des œuvres fondatrices de cette sensibilité nouvelle. À travers son personnage principal, le roman met en scène l’intensité des sentiments, la difficulté de trouver sa place dans la société et la tension entre aspirations individuelles et contraintes sociales.
En Grande-Bretagne, les poètes William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge publient en 1798 les Lyrical Ballads, souvent considérées comme l’acte de naissance du romantisme anglais. Leur poésie privilégie les émotions, l’observation de la nature et l’expérience personnelle plutôt que les modèles hérités de l’Antiquité.
En France, le romantisme s’impose plus tardivement. Les bouleversements provoqués par la Révolution française puis par les guerres napoléoniennes nourrissent une réflexion sur l’individu, l’histoire et la société. Les écrits de Germaine de Staël, notamment De l’Allemagne (1813), contribuent largement à faire connaître les idées romantiques allemandes auprès du public français.
Les années 1820 et 1830 marquent l’affirmation du mouvement. La célèbre « bataille d’Hernani », lors de la première représentation de la pièce de Victor Hugo en 1830, symbolise l’opposition entre les défenseurs des règles classiques et les partisans d’un théâtre renouvelé. Cet épisode ne crée pas le romantisme français, mais il en constitue un moment emblématique.
Les principales caractéristiques du romantisme en littérature
Le romantisme ne repose pas sur un manifeste unique. Toutefois, plusieurs caractéristiques se retrouvent chez la plupart de ses représentants.
La première est la place accordée au moi. Les écrivains explorent les émotions, les souvenirs, les doutes et les contradictions de leurs personnages ou de leur propre expérience. Cette attention portée à l’intériorité se retrouve aussi bien dans la poésie que dans le roman ou le théâtre.
La nature occupe également une fonction essentielle. Elle n’est plus seulement un décor, mais devient le reflet des états d’âme ou un espace de méditation. Les paysages, les saisons ou les phénomènes naturels participent ainsi à l’expression des sentiments.
Le romantisme manifeste aussi un intérêt marqué pour l’histoire. De nombreux auteurs situent leurs récits dans des périodes anciennes, notamment le Moyen Âge, qui apparaît comme une époque riche en symboles et en conflits. Cette orientation s’observe dans le roman historique autant que dans le théâtre.
L’imagination et le rêve occupent une place importante. Les écrivains s’intéressent au surnaturel, au fantastique, aux légendes et aux croyances populaires. Ils explorent également les limites entre le réel et l’imaginaire.
Le mouvement remet enfin en question les règles héritées du classicisme. Les auteurs recherchent une plus grande liberté dans la composition des œuvres, le choix des sujets ou le mélange des registres. Au théâtre, cette évolution conduit à l’abandon progressif des unités classiques et à la coexistence du tragique et du comique dans une même pièce.
Les principaux représentants et quelques œuvres majeures
En France, Victor Hugo demeure la figure la plus représentative du romantisme littéraire. Sa préface de Cromwell (1827) expose plusieurs principes du drame romantique, tandis que Hernani, Ruy Blas ou Notre-Dame de Paris illustrent sa volonté de renouveler les genres et de représenter toute la diversité de la condition humaine.
Alfred de Musset développe une œuvre où l’analyse des sentiments occupe une place centrale. Son théâtre, avec On ne badine pas avec l’amour, et son roman autobiographique La Confession d’un enfant du siècle explorent les désillusions, les conflits amoureux et les interrogations de la jeunesse de son époque.
Alphonse de Lamartine contribue au développement de la poésie romantique avec les Méditations poétiques (1820). Le recueil accorde une place importante à la mémoire, à la nature, au temps qui passe et à l’expression des émotions personnelles.
Alfred de Vigny s’intéresse à la solitude de l’écrivain, aux rapports entre l’individu et la société ainsi qu’aux questions philosophiques. Cinq-Mars illustre également l’intérêt romantique pour le roman historique.
À l’échelle européenne, plusieurs auteurs occupent une place essentielle. Walter Scott participe au développement du roman historique avec Ivanhoé. Alexandre Pouchkine renouvelle la littérature russe avec des œuvres comme Eugène Onéguine. En Allemagne, Goethe et Schiller demeurent des références majeures, tandis que Heinrich von Kleist apporte une contribution importante au théâtre romantique.
Le romantisme touche également la poésie britannique avec Lord Byron, Percy Bysshe Shelley et John Keats. Leurs œuvres développent des thèmes comme la liberté, la nature, le destin ou la condition humaine, chacun selon une esthétique qui lui est propre.
Le romantisme ne constitue cependant pas un ensemble homogène. Les préoccupations diffèrent selon les auteurs, les genres et les contextes nationaux. Certains privilégient la poésie lyrique, d’autres le roman historique ou le théâtre, tandis que les thèmes politiques, religieux ou philosophiques occupent une place variable d’une œuvre à l’autre.
À partir du milieu du XIXᵉ siècle, le romantisme cède progressivement la place à d’autres mouvements littéraires, notamment le réalisme puis le naturalisme. Son influence demeure toutefois importante. La place accordée à la subjectivité, le renouvellement des formes théâtrales, l’attention portée à l’histoire ou encore la liberté de création continuent de marquer durablement la littérature européenne.
Aujourd’hui, le romantisme désigne à la fois une période de l’histoire littéraire et un ensemble de caractéristiques esthétiques associées à l’expression des émotions, à l’individu et à la liberté de création. Les recherches universitaires soulignent cependant qu’il ne peut être réduit à une définition unique : il s’agit d’un mouvement pluriel, dont les formes et les enjeux évoluent selon les pays, les auteurs et les genres littéraires.
Pour aller plus loin sur le sujet :
- Qu’est-ce que le romantisme ?, Alain Vaillant, CNRS éditions, « Libris », 2016. ;
- Romantismes français, Paul Bénichou, Gallimard, « Quarto », 2004.