Une nouvelle enquête du commissaire Brunetti : un roman lent, un peu superficiel et finalement assez décevant. Dommage.

En eaux dangereuses, Donna Leon, Editions Points, 2022 (2020)
Dans un hospice vénitien, une patiente en fin de vie souhaite témoigner à propos de Vittorio, son défunt mari. Pour elle, c’est certain, il a été assassiné. Le commissaire Brunetti et son adjointe Claudia Griffoni, dépêchés à son chevet, lui jurent de mener l’enquête. L’homme travaillait pour une compagnie de contrôle de la qualité des eaux vénitiennes : serait-ce là le mobile du meurtre ? Donna Leon nous prouve son immense talent de conteuse et son regard si unique sur Venise.
Donna Leon occupe une place à part dans le paysage du roman policier contemporain. Américaine installée en Italie depuis de nombreuses années, elle a choisi Venise comme décor principal de l’ensemble de son œuvre romanesque et a créé, avec le commissaire Guido Brunetti, l’un des enquêteurs les plus humains et les plus nuancés du genre. Traduites dans de nombreuses langues et lues dans le monde entier, les enquêtes de Brunetti nous plongent à Venise depuis plus de trente ans déjà.
Mort à la Fenice, la première enquête de Brunetti publiée en 1992, a lancé la carrière littéraire de Donna Leon et a permis de la rendre célèbre dans le monde entier. Depuis, elle a offert à son commissaire fétiche plus d’une trentaine d’enquêtes, publiant un nouvel opus de sa série quasiment tous les ans ou presque. Le livre dont il est question ici, En eaux dangereuses, est le vingt-neuvième roman de la saga.
De quoi s’agit-il ? Une femme d’une trentaine d’années, mourante, contacte la police, et donc Brunetti, car elle pense que son mari, décédé quelques semaines plus tôt, a été assasiné. Brunetti et son adjointe, Griffoni, lui jurent qu’ils vont mener l’enquête et découvrir ce qui est réellement arrivé à son mari. Et leurs investigations vont les mener dans l’univers du contrôle de la qualité des eaux vénitiennes, secteur dans lequel le défunt travaillait…
Alors, que penser de ce livre ?
Il tenait aussi à lui promettre qu’il veillerait sur ses enfants, qu’ils retrouveraient les assassins de Vittorio, qu’elle serait bientôt en paix, mais il doutait de chacune de ces promesses. Ses seules certitudes étaient sa mort imminente, et sa terrible souffrance.
Une enquête à Venise
En ce qui me concerne, pourtant grand amateur du genre, je dois reconnaître que j’étais passé à côté de Donna Leon et de ses romans. Anomalie que je viens de corriger en ouvrant pour la première fois une enquête de son commissaire Brunetti avec ce roman, En eaux dangereuses.
Première remarque : la grande originalité que porte Donna Leon depuis ses débuts dans le monde du roman policier est d’avoir choisi l’Italie, et notamment Venise, comme cadre de ses enquêtes. Pour une écrivaine américaine, le choix est audacieux, et force est de constater qu’il a porté ses fruits tant le succès de ses romans ne se dément pas depuis ses débuts.
Si je n’ai pour le moment pas lu ses autres romans, il convient tout de même de reconnaître que Donna Leon arrive à transmettre à ses lecteurs son amour pour Venise… quand bien même ici il s’agit surtout de mettre exergue l’un des problèmes qui ne cessent d’être évoqué lorsqu’on parle de cette magnifique ville italienne : le sur-tourisme.
Dans ce roman, l’été est infernal, il fait chaud, terriblement chaud à Venise, et les touristes s’y agglutinent pourtant en masse. Difficile d’y respirer librement pour Brunetti et ses collègues.
Venise est donc ici l’un des personnages de ce récit, et on se plaît à suivre Brunetti au cœur de cette ville empreinte d’histoire et de charme indéniable.
Il s’interrogea aussi sur la différence entre cette questure et toutes les autres questures de son pays. Les personnages sont les mêmes, que ce soit du côté des policiers ou de celui des criminels.
Une enquête qui patine
Une fois évoqués Venise et son magnétisme, que reste-t-il de ce roman et, in fine, de cette enquête ? Malheureusement, pas grand chose je le crains. Je n’ai pas été embarqué par cette histoire, et je vais essayer de m’en expliquer ici.
Tout d’abord, le rythme de ce récit, et donc de cette enquête, est mollasson : Brunetti et ses collègues mettent beaucoup de temps à avancer dans leurs investigations, Donna Leon glisse au sein de son roman des passages (notamment ceux de Brunetti le soir chez lui), qui n’ont pas grand intérêt et qui cassent le semblant de dynamique du récit.
C’est ainsi que l’enquête devient, somme toute, assez quelconque. Brunetti est visiblement un personnage intéressant, mais il est ici assez flegmatique, mou, et se laisse porter par son enquête sans donner l’impression d’être pleinement actif dans sa résolution. Curieusement, il peut se permettre de s’arrêter boire un café quand bon lui chante et rentrer chez lui au beau milieu de l’après-midi, ne croulant pas sous le travail. La majorité des tâches ingrates et pourtant ô combien nécessaires pour résoudre une enquête de police est effectuée par la secrétaire, Elettra. Cette dame porte cette enquête.
Ce problème de rythme et la passivité de Brunetti engendrent un sentiment qui ne m’a pas abandonné tout du long : l’impression que Donna Leon ne savait pas trop où elle allait avec ce roman et son idée de départ qui, sans être sensationnelle, avait le mérite d’avoir un certain potentiel. Et je ne parle même pas du dénouement, aussi curieux que maladroitement amené.
Avec ce roman, l’écrivaine donne l’impression d’une certaine superficialité, comme si elle écrivait ce roman juste pour l’écrire, sans véritablement chercher à développer tout son potentiel. Les réflexions que posent ce roman sur la question de l’environnement sont, me semble-t-il, là aussi traitées de façon assez superficielle. Dommage.
Comme nous savons qu’ils vont bientôt mourir, et qu’ils le savent aussi, nous tissons des liens très forts. Pas besoin de faire semblant ou d’espérer, des deux côtés. Ni de mentir.
Bref, ce roman est avant tout une déception. Une déception car le cadre du récit mérite sans doute mieux qu’une enquête qui patine autant. Une déception également d’être passé à côté d’un roman qui fait partie d’une saga aussi lue et appréciée partout dans le monde. Cela étant dit, je ne ferme pas la porte à lire une nouvelle enquête de Brunetti. J’y serai peut-être plus réceptif.
En eaux dangereuses est le premier roman que je lis de Donna Leon et, donc, la première fois que je rencontre l’inspecteur Brunetti. Mes attentes étaient assez élevées tant l’écrivaine américaine semble avoir su se forger une place dans le monde du roman policier. Avoir écrit plus d’une trentaine d’ouvrages mettant en avant le même enquêteur, et avoir toujours le même succès est assez incroyable. Pourtant, force est de constater que je suis passé à côté de cette vingt-neuvième enquête. Certes, le cadre est fabuleux, et Donna Leon arrive à nous transmettre tout son amour pour Venise. Mais l’intérêt de ce livre s’arrête ici pour moi. Le rythme y est faiblard, l’enquête patine et Brunetti semble d’une grande passivité pour la résoudre. Ces éléments sont à l’origine d’un sentiment qui ne m’a pas lâché au fil des pages : l’impression d’une certaine superficialité, comme si Donna Leon ne savait pas véritablement où elle allait avec cette enquête, et qu’elle avait tout dit autour de son enquêteur fétiche… Vraiment dommage. Cela étant dit, je ne ferme pas la porte à lire une nouvelle enquête de Brunetti. J’y serai peut-être plus réceptif.
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