Les Piliers de la Terre, Aliena – Ken Follett (1989)

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Une fresque historique qui a tout pour plaire mais qui, pourtant, plombée par un style caricatural et exaspérant, finit par nous perdre. Frustrant tant ce livre avait du potentiel.

Une fresque historique qui a tout pour plaire mais qui, pourtant, plombée par un style caricatural et exaspérant, finit par nous perdre. Frustrant tant ce livre avait du potentiel.

Les Piliers de la Terre, Tome 2 Aliena, Ken Follett, Robert Laffont, 2017 (1989)
1140. La construction de la grande cathédrale est sur le point de commencer. À l’appel du clergé, des travailleurs de toute l’Angleterre affluent vers la ville de Kingsbridge, dans l’espoir de racheter leurs péchés par le dur labeur de la pierre.
Déterminé à s’emparer du comté de Shiring, William Hamleigh, l’un des prétendants au trône, dresse une armée contre ses rivaux : une guerre civile éclate. Dans son sillage de flammes et de dévastations, le peuple, assoiffé de justice, de vérité ou de vengeance, œuvre à reconstruire la vie qu’on lui a arrachée.
Les destins de Philip, le prieur, de Jack, le bâtisseur, ou de la jeune aristocrate Aliena vont s’entremêler. Tous égaux devant Dieu, ils seront seuls pour affronter leur sort.


On ne présente plus Ken Follett. Né en 1949, il s’agit sans doute de l’un des auteurs contemporains les plus populaires au monde, ses livres se vendant à plusieurs millions d’exemplaires à chacune de leur parution. L’auteur gallois s’est fait connaître en 1978 lors de la publication de son roman L’Arme à l’œil, un roman d’espionnage se déroulant lors de la Seconde Guerre mondiale.

Néanmoins, c’est un dizaine d’années plus tard que l’un de ses livres, Les Piliers de la Terre, deviendra un véritable phénomène d’édition dès sa sortie, en 1989. Roman historique monumental qui se déroule durant les années 1100 en Angleterre, ce livre met en scène la construction d’une cathédrale dans la ville fictive de Kingsbridge. On estime aujourd’hui qu’il s’est depuis écoulé à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires. Vertigineux.

Fort de son succès, Ken Follett continuera à développer l’univers qu’il a construit autour de cette ville, faisant de cette Fresque de Kingsbridge une série comportant à ce jour cinq livres : Les Piliers de la Terre, donc, mais aussi Un monde sans fin (2007), Une colonne de feu (2017), Le Crépuscule et l’Aube (2020) et Les Armes de la lumière (2023).

C’est évidemment des Piliers de la Terre dont il sera question ici. La particularité de son édition française est qu’au moment de sa sortie, ce livre a été divisé en deux parties : le premier tome, paru avec le sous-titre Ellen, et le deuxième tome, Aliena. Ce choix éditorial semble cohérent, tant ce roman est monumental (plus de mille pages en version originale). 

Il y a plusieurs années, j’avais déjà chroniqué le premier tome. La déception avait été grande, et c’est pour cette raison que j’ai attendu tout ce temps pour me replonger dans l’aventure de Kingsbridge. En effet, si les péripéties de Tom le bâtisseur et du prieur Philip avaient de quoi séduire, la plume et le style de Ken Follett avaient eu raison de moi. La faute à des personnages caricaturaux et manichéens, et un auteur qui nous prend tellement par la main que cela en devient irritant. Malheureusement, aujourd’hui encore avec ce deuxième tome, le constat est le même. Je suis passé complètement à côté de ce livre au succès si phénoménal. Un brin frustrant.

Jack avait à choisir entre deux maux : quitter Kingsbridge et abandonner tout ce qu’il aimait ; ou bien rester et perdre sa liberté.

Un (léger) vent épique

Commençons peut-être par ce qui, à mes yeux, fonctionne plutôt bien. Tout au long de ce deuxième tome, on ne peut être qu’admiratif de Ken Follett dans la mesure où il arrive à nous plonger de manière réussie au cœur du Moyen Âge. On est présent avec toute la galerie de personnages qu’il met en scène et cette époque est suffisamment bien retranscrite pour qu’on y croit. 

D’ailleurs, nous ne pouvons que louer l’effort de documentations et de recherche qu’il a dû fournir pour arriver à un tel résultat. Les éléments qu’il nous donne à lire sur les mœurs de l’époque, les conditions de vie de la population anglaise du milieu du douzième siècle et, surtout, les techniques utilisées pour bâtir une cathédrale sont suffisamment fouillés pour nous intéresser à ce type de sujet. Cela étant, entendons-nous bien, nous ne sommes pas historiens : il y a sans doute des imprécisions et des raccourcis pris par l’auteur. Néanmoins, le résultat ici semble globalement cohérent aux yeux d’un simple lecteur.

Tout ceci fait que Ken Follett arrive à créer une ambiance qui, dans l’ensemble, est assez prenante. Les péripéties de tous ses personnages sont intéressantes, et on a envie de découvrir le sort qui leur est destiné. Cela nous donne certains passages particulièrement réussis et haletants, qui nous happent complètement. Je pense par exemple ici à un combat entre un ours et des chiens, et un incendie particulièrement dévastateur.

On notera enfin la manière particulièrement habile utilisée par Ken Follett pour mêler la petite histoire à la grande. Ses personnages, par leurs choix et les développements qui leur sont consacrés, prennent part, d’une manière ou d’une autre, à des événements historiques qui ont façonné le Moyen Âge européen.  Ces personnages, tous à leur manière, tentent de s’imposer et d’écrire leur propre histoire.

Bref, tout cela donne à ce livre un certain attrait, presque un souffle épique, qui peut expliquer le succès qu’il a rencontré depuis sa publication.

Mon histoire est comme une enluminure sur une page de la Bible. Ce n’est pas la vérité, c’est son illustration. 

Une lecture difficile

Force est de constater que cela n’a pas suffi à me faire pleinement apprécier ce livre. Voulant terminer ce roman dont je n’avais lu, jusqu’à présent, que la moitié, je pensais que je serais moins gêné par cette narration, le temps faisant son œuvre. Pourtant, même plusieurs années après, le constat est le même : si par moment j’arrive à être embarqué aux côtés de tous ceux qui font Kingsbridge, le style de Ken Follett finit à chaque fois par me faire sortir de l’histoire. 

La faute, en premier lieu, à des personnages caricaturaux et d’une naïveté déconcertante. Les gentils sont vraiment très gentils, et les méchants, vraiment très méchants. Preuve en est le personnage de William. Le pauvre n’a rien pour lui. Il n’est pas très futé, veut faire du mal à tout le monde, pense bien souvent avec son sexe, ce qui, pour couronner le tout, pour montrer toute sa méchanceté, le pousse la moitié de son temps à violer et persécuter les gens qu’il croise. Mais le plus déconcertant est sans doute son rapport à ses actes : il commet des actes affreux, mais, après coup, s’émeut de la place qui lui sera faite en enfer à cause d’eux. Désespérant.

Les autres personnages aussi, peut-être de manière moins gênante, sont aussi, à leur manière, d’une naïveté stupéfiante. On ne compte plus les passages surprenants qui mettent en scène les tourments intérieurs de bon nombre d’entre eux : ils ne sont pas subtils et complexes pour deux sous. Et de fait en deviennent inintéressants. Ce passage est assez révélateur, je trouve :

Richard se trouvait dans un mauvais pas.
« Le shérif, continua Philip, ne peut pas arrêter le comte. »
C’est vrai, se dit Aliena. Elle avait oublié ce point.
William tira un rouleau de parchemin de sa poche. « J’ai un décret royal. Je l’arrête au nom du roi. »
Aliena reçut un coup au cœur. Décidément, William avait pensé à tout. « Comment a-t-il réussi ce tour de force ? » murmura-t-elle. 

Aliena, spectatrice, passe d’une posture à une autre en un claquement de doigt, oubliant les règles alors en vigueur en Angleterre. Ajoutons à ces descriptions psychologiques rudimentaires des dialogues pompeux et des retournements de situation parfois curieux, et voilà que le récit devient décevant. Presque irritant.

Même la mécanique narrative est somme toute trop lisible : les méchants mettent des bâtons dans les roues des gentils, mais ces derniers finissent par s’en sortir. Mais les méchants reviennent avec un nouveau plan machiavélique, que les gentils arrivent à éviter. Etc. Etc. Je comprends que pour écrire une histoire mettant en scène la construction d’une cathédrale (qui prend au minimum plusieurs décennies) il faille beaucoup de péripéties et de retournements de situation. Mais ici, tout est téléphoné. Réchauffé. Quel dommage.

Oui quel dommage, parce que le récit avait du potentiel. Ce n’est pas tous les jours que l’on lit des romans historiques mettant en scène la construction d’une cathédrale. Mais il me semble que tout est gâché par le style de Ken Follett, qui explique tout, absolument tout sans aucune subtilité, répète ce qui a été dit trois chapitres avant pour être sûr qu’on ait bien tout compris, ce qui finit par être exaspérant. 

Vous l’aurez compris, je suis passé totalement à côté de ce livre. Pourtant bon public, je dois reconnaître que je n’ai pas accroché à ce roman. Et c’est d’autant plus frustrant que, sur le papier, les autres romans de Ken Follett semblent intéressants. Mais je ne pense pas pas me replonger dans l’un de ses livres avant un bon moment.

Ce qui coûte le plus cher dans une construction, ce sont les erreurs. Enfin, et c’est important, les calculs de mesures permettent de respecter les proportions. La proportion, c’est le cœur de la beauté. 

Lue il y a quelques années déjà, la première partie des Piliers de la Terre m’avait quelque peu refroidi. La faute à des personnages caricaturaux et au style de Ken Follett que j’avais trouvé assez exaspérant. Ne voulant pas rester sur cette déception, j’ai décidé de finir ce roman en lisant ce deuxième tome (spécifique à l’édition française, ce roman ayant été publié originellement en un seul volume). Malheureusement, une fois terminé, le même sentiment demeure. Un énorme sentiment de frustration. Car tout dans ce livre avait de quoi me plaire. Le Moyen Âge anglais, la construction des cathédrales, un vent épique, la passion de Ken Follett pour son sujet qui transpire à chaque page, un travail de documentation suffisamment précis pour nous plonger avec succès dans cette période… Tout cela rend même certains passages particulièrement palpitants. Hélas, à chaque fois que l’histoire me happait, il fallait que l’écriture de l’auteur finisse par me sortir de l’histoire. Les personnages sont caricaturaux et d’une naïveté confondante, de nombreuses situations sont mal emmenées, les dialogues pompeux, et la narration globalement assez prévisible. Mais surtout, reste la désagréable sensation que Ken Follett nous infantilise un peu : tout est expliqué, surexpliqué, répété. A la longue, ce style est, je trouve, agaçant. Ce qui est dommage tant j’ai l’impression d’être passé à côté d’un livre qui a fait globalement consensus.  Bref, si Ken Follett applique ce même style à chacun de ses livres, je ne suis pas sûr de me replonger une fois encore dans l’un de ses romans. Ce qui est terriblement frustrant tant j’aurais aimé découvrir le reste de sa bibliographie si appréciée dans le monde entier. Dommage.

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