Y a-t-il des leçons de l’Histoire ? – Edgar Morin (2025)

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Un petit livre accessible et instructif qui nous éclaire sur notre époque. Derrière l’apparente simplicité de ces leçons, la grande lucidité d’un des esprits les plus brillants de ces dernières décennies.

Un petit livre accessible et instructif qui nous éclaire sur notre époque. Derrière l'apparente simplicité de ces leçons, la grande lucidité d'un des esprits les plus brillants de ces dernières décennies.

Y a-t-il des leçons de l’Histoire ?, Edgar Morin, Éditions Denoël (2025)
L’Histoire n’a cessé d’être pour Edgar Morin un sujet de réflexion – y compris l’Histoire à laquelle il a participé. Témoin des atrocités de la guerre, des bouleversements économiques et écologiques, penseur des civilisations, Edgar Morin en a tiré des leçons fondamentales qui éclairent le passé et nous aident à construire l’avenir.
Depuis son poste de vigie, il nous apprend que l’improbable peut advenir, que les destructeurs peuvent être aussi de grands civilisateurs, que les mythes influent puissamment sur le réel, qu’un seul individu peut parfois changer le cours de l’Histoire… Dans un esprit de synthèse particulièrement vif, Edgar Morin nous entraîne dans le grand voyage de l’humanité, de l’Antiquité à nos jours.
Une réflexion profonde et personnelle sur le temps long, nourrie d’une expérience humaine et intellectuelle incomparable.


Difficile de passer à côté d’Edgar Morin lorsqu’on aime à se confronter à la complexité du monde. Ce penseur est à ce titre l’un des plus importants du siècle qui vient de s’écouler. Auteur d’une oeuvre foisonnante, mêlant sociologie, sciences et philosophie, sa contribution la plus importante est sans doute La Méthode : composée de six tomes, publiés entre les années 1970 et 2000, cette oeuvre colossale a pour ambition de renouveler la « méthode de connaissance qui traduit la complexité du réel, reconnaît l’existence des êtres, approche le mystère des choses. » 

Bref, Edgar Morin est le penseur de la complexité du réel. Véritable touche-à-tout, cet auteur iconoclaste a tenté durant toute sa carrière de faire dialoguer les disciplines, en plaidant pour une trans-disciplinarité salvatrice. Car c’est en faisant raisonner les connaissances les unes avec les autres que l’on pourra prétendre mieux comprendre notre monde.

Ce faisant, Morin a tout au long de sa vie était le témoin de l’Histoire en marche : c’est pour cette raison que son regard est précieux. Né en 1921 et décédé en 2026, il a assisté aux grands chamboulements qui ont marqué le XXe siècle. Et à l’aube du XXIe, il a vu advenir les grands défis qui marqueront sans nul doute les décennies à venir. Si durant les dernières années il a pu avoir des positionnements douteux, son engagement a toujours été marqué par un humanisme certain.

Fort de son recul sur l’Histoire, lui qui a vécu plus d’un siècle, il a ainsi publié en 2025 ce petit livre d’une centaine de pages : Y a-t-il des leçons de l’Histoire ? paru aux éditions Denoël. Cet essai est l’occasion pour lui de nous présenter 16 leçons qu’il a tirées de ses travaux et de son expérience. seize leçons qu’il nous confie pour nous aider à affronter cette époque troublée.

Rien n’est à la fois plus humain et plus inhumain que la guerre.

Les hommes font l’Histoire

S’il existe assurément des écrits de jeunesse, il arrive aussi qu’on croise, au fil de nos lectures, des « œuvres de sagesse », ces écrits qui nous livre avec tendresse le regard de leurs auteurs sur le monde, eux qui ont suffisamment vécu pour nous faire part de leur expérience sur Terre. Incontestablement, ce tout petit livre est l’un d’entre eux.

Avec ce petit essai, Edgar Morin nous offre en effet les quelques enseignements qu’il tire de ses analyses du cours de l’Histoire. Certains d’entre eux lui ont été transmis par ses mentors, à l’instar de son professeur d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne, Georges Lefebvre, qui lui a appris une leçon fondamentale : « Le résultat d’une action peut être contraire à son intention première ». A l’image de Louis XVI qui convoqua les Etats Généraux qui finirent par le conduire à sa perte. C’est cette idée qu’il nommera plus tard « écologie de l’action », c’est-à-dire le concept qui indique que « le cours d’une action dépend aussi de son contexte ou de son environnement ».

Autre grande idée que met en exergue Edgar Morin dans ce livre : les événements historiques sont pétris d’ambivalences, de contradictions ; leurs causes sont souvent d’une complexité inouïe. Plus important peut-être par ses implications, la troisième leçon qui stipule que l’improbable peut advenir. Rien n’est jamais écrit à l’avance, le moindre grain de sable peut changer le cours de l’Histoire.

Nous retiendrons également sa quinzième leçon : « Le progrès matériel ne s’accompagne d’aucun progrès moral ». Triste évidence qui nous saute aux yeux à chaque fois que des avancées, économiques, scientifiques ou technologiques majeures changent le cours de l’Histoire. L’être humain, lui, ne change pas. C’est ce terrible constat qui amène Edgar Morin à affirmer que « le vrai progrès dont aurait besoin l’humanité serait celui de la compréhension humaine, de la bienveillance, de la solidarité, de l’amitié ». Vœu certes pieux, mais d’une grande lucidité.

C’est ce parallèle fait entre l’Histoire et l’humanité qui permettra à Morin de conclure : « La principale leçon de l’Histoire est qu’elle met en lumière les divers visages de l’humanité, les différents comportements humains, mais aussi l’étroite combinaison anthropologique de raison et de folie, de technique et de mythe. » N’oublions jamais que l’Histoire est à l’image de l’homme : ambivalente, pleine de contradictions et incertaine par nature.

Les idées sont, comme les dieux, des produits de l’esprit humain qui prennent possession de ces esprits.

Des leçons aussi simples qu’éclairantes

A lire ces seize leçons, on serait tenté d’être surpris par l’apparente banalité de ces enseignements. Mais ne nous y trompons pas, méfions-nous de cette évidence supposée : les exemples sont trop nombreux pour ne pas voir ici toute la lucidité d’Edgar Morin. Oui, la plupart de ces leçons sont simples, presque triviales, mais leurs implications sont multiples.

D’une part, elles nous empêchent de penser l’époque que nous sommes en train de vivre comme un moment unique : l’Histoire nous a montré qu’elle était aussi faite d’invariants. Rien ne nous dit que ce qu’il est advenu dans le passé ne pourrait pas se reproduire dans l’avenir. Puisque l’Histoire est faite par les hommes, à leur image, elle ne peut que présenter elle aussi certaines de leurs caractéristiques. L’Histoire sera ainsi toujours faite de contradictions et d’irrationnel, mue par la volonté de quelques-uns.

D’autre part, elles nous offrent des outils pour penser les défis que notre modernité a à relever, des grilles de lecture susceptibles de nous éclairer. C’est en ce sens que ce petit livre est pertinent et mérite d’être lu.

Enfin, en creux, derrière ces leçons, le lecteur familier de l’oeuvre d’Edgar Morin verra ressurgir, çà et là, des thématiques qui lui sont chères et qui ont guidé ses travaux : nous avons déjà évoqué le concept de  l’« écologie de l’action », mais nous pouvons aussi évoquer celui de l’« Etat nation ». Il y trouvera aussi les réminiscences du vocabulaire propre à l’auteur, fait de « rétroactions », de « régressions » et, bien sûr, de « complexité ».

Bref, au crépuscule de sa vie, Edgar Morin a toujours quelque chose à nous apprendre, à nous donner, lui qui a toujours été animé par une grande générosité. Un petit livre accessible et instructif.

Ce sont deux leçons de complexité. L’une montre que toute action dans un milieu incontrôlé ou comportant de l’aléatoire est soumise à des forces qui peuvent la détourner de son but ; l’autre que tout doit être contextualisé et historicisé, y compris le contextualisation et l’historien.

S’il existe assurément des écrits de jeunesse, il arrive aussi qu’on croise, au fil de nos lectures, des « œuvres de sagesse », ces écrits qui nous livrent avec tendresse le regard de leurs auteurs sur le monde, eux qui ont suffisamment vécu pour nous faire part de leur expérience sur Terre. Incontestablement, ce tout petit livre est l’un d’entre eux. Penseur de la complexité, défenseur infatigable de la trans-disciplinarité, Edgar Morin a aussi, tout au long de sa riche carrière, analysé l’Histoire. Fort de son recul propre au siècle passé sur cette terre, il revient ici avec seize leçons, seize enseignements qu’il tire de son expérience et de ses travaux. Certaines sont sans doute plus éclairantes que d’autres : « Le résultat d’une action peut être contraire à son intention première » ; ou encore  « Le progrès matériel ne s’accompagne d’aucun progrès moral ». En revanche, toutes nous ramènent à une seule et même conclusion : l’Histoire est à l’image de l’homme, ambivalente, pleine de contradictions et incertaine par nature. A lire ces seize leçons, on serait tenté d’être surpris par l’apparente banalité de ces enseignements. Mais ne nous y trompons pas, méfions-nous de cette évidence supposée : les exemples sont trop nombreux pour ne pas voir ici toute la lucidité d’Edgar Morin. Oui, la plupart de ces leçons sont simples, presque triviales, mais leurs implications sont multiples. Surtout, elles nous éclairent sur notre époque. Un petit livre accessible et instructif.

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